C'est avec les éditions du Petit Ménestrel que débute l'intense aventure qui lia par trois fois Daniel Sorano au mythe imaginé par Alexandre Dumas. Tout commence donc avec un enregistrement vinyle et un cercle d'amis comédiens.
Dans cette adaptation Daniel incarne d'Artagnan, pour lequel il va exagérer son accent Gascon et recréer avec malice le petit Toulousain futur mousquetaire. A Jean Topart revient le rôle plus solennel d'Athos, Jean-François Remi est Porthos, Roger Mollien interprète Aramis. Sur une musique de Maurice Jarre, les acteurs vont faire défiler l'histoire en accéléré pour ne conserver que les passages les plus célèbres.
Ayant remarqué son interprétation sur ce disque, et fervent admirateur de théâtre, Claude Barma insiste auprès de l'acteur pour qu'il interprète un rôle dans son adaptation de la pièce de théâtre d'Alexandre Dumas et d'Auguste Maquet. A la fin de l'année 1958 Daniel venait de demander un congé illimité du T.N.P à Jean Vilar. Claude Barma s'y reprendra à plusieurs fois pour engager Daniel qu'il tient à diriger dans le rôle d'un des mousquetaires, ce sera Porthos. Au côté de Jean-Paul Belmondo ou Robert Hirsch, Daniel interprète un Porthos théâtralisé, gouailleur et fidèle compagnon. Ce film télévisé s'appuie sur la pièce de théâtre, non sur le roman, c'est pourquoi l'histoire est synthétisée et appuie sur des moments de dialogue moins que sur l'action. C'est aussi la raison pour laquelle Claude Barma précise au générique qu'il est « metteur en scène » et cela explique aussi une partie du casting. En effet, Daniel bien sûr, Robert Hirsch, Georges Descrières, Edmond Beauchamp mais aussi Michel Galabru et d'autres encore sont issus du théâtre. Comme un hommage supplémentaire, durant le générique est rappelé à côté du nom de l'acteur son statut de comédien, s'il vient du T.N.P ou de la comédie Française.
En interprétant un Porthos svelte mais paysan, Daniel Sorano change son registre habituel d'acteur au profit d'une interprétation plus sobre, sans pirouette ou gestes fantoches. Il tient toutefois le rôle le plus comique chez les Mousquetaires, notamment lorsqu'il se justifie du duel qui doit le confronter à D'Artagnan au début de la pièce. A la question « Pourquoi vous battez-vous ? » il répond du tac au tac « Je me bats parce que je me bats ». Et c'est ainsi tout le long du film, ses interventions restent légères et son visage grimaçant. Cela jusqu'à la fin, où, attristé par la mort de Constance, il tient l'épaule de d'Artagnan et le couve d'un regard emprunt de drame.
Dans ce film, Claude Barma fait sa première incursion dans un genre qu'il va développer avec, bien évidemment, son
Cyrano de Bergerac. Ce genre c'est celui d'un théâtre filmé ou la vision par les caméras n'est pas frontale alors que le jeu, lui, reste théâtral et plus classique. La diction est, elle aussi, empruntée au théâtre tandis que les décors sont ceux d'une production télé encore modeste. L'essai sera, aux yeux de Claude Barma, suffisamment convaincant pour qu'à l'avenir il continu et laisse la place première à Daniel Sorano, que ce soit pour
Cyrano, Macbeth, Hamlet ou
Othello.
En 1961, alors que ses succès au côté de Claude Barma sont célébrés par les téléspectateurs, le mythe des mousquetaires fait encore appel à lui. Bernard Borderie compte réaliser pour la télévision une fresque grandiose, en couleur, chargée de l'aura d'acteurs charismatiques. Souhaitant coller aux romans originels, Borderie décide de réaliser deux époques,
« Les ferrets de la Reine » et
« La vengeance de Milady ».
Une fois encore, Daniel Sorano troque sa tunique de Mousquetaire, il passe à l'ennemi et devient le cardinal de Richelieu. Gérard Barray s'oppose à lui en d'Artagnan, tandis que Mylène Démongeot devient Milady. A noter aussi que Georges Descrières, duc de Winter chez Barma, joue ici Athos et que Françoise Christophe, la Roxane de Cyrano, est la reine. Jean Carmet, lui, est Planchet dans cette adaptation versée entre un humour dilettante des Mousquetaires et un jeu plus dramaturgique de Milady et Richelieu en méchants manipulateurs.
Dans son costume carmin, Daniel Sorano interprète un cardinal impressionnant et vieux, alors qu'il n'a que 40 ans. Son jeu subtil et sévère lui confère une stature étonnante et fait de lui un cardinal très proche de sa description littéraire. Avec Milène Démongeot, ils ont formé pour deux films un couple complémentaire dans la manipulation et la bassesse du pouvoir. Bernard Borderie est allé jusqu'à montré, à la fin, le rapport de force entre les Mousquetaires et le cardinal à travers le seul regard qu'ils se portaient.
Les Trois Mousquetaires de Claude Barma
Jean-Paul Belmondo - D'Artagnan
Jean Chevrier - Athos
Daniel Sorano (du T.N.P) - Porthos
Hubert Noël - Aramis
Gaby Sylvia - Milady
Robert Hirsh (sociétaire de la comédie française) - Planchet
Pierre Asso - Richelieu
Robert Porte - Rochefort
Marie-Blanche Vergne - Constance de Bonacieux
Michel Galabru - M. Bonacieux
Georges Lannes - Louis XIII
Claude Nollier - Anne d'Autriche
Georges Descrières (sociétaire de la comédie française) - De Winter
Bernard Dhéran (de la comédie française) - Buckingham
Edmond Beauchamp (du T.N.P) - Tréville
Pierre Mirat - Le colporteur
Les Trois Mousquetaires en deux époques de Bernard Borderie
Gérard Barray - D'Artagnan
Mylène Démongeot - Milady
Daniel Sorano - Richelieu
Georges Descrières - Athos
Françoise Christophe - Anne d'Autriche
Bernard Woringer - Porthos
Jacques Toja - Aramis
Jean Carmet - Planchet
Guy Delorme - Rochefort
Robert Berri - Bonacieux
Perette Pradier - Constance Bonacieux
Anne Tonietti - Ketty
Guy Tréjean - Louis XIII
Henri Nassiet - M. De Tréville