Vendredi 24 mars 2017

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D'Assoucy m'attend au cabaret...

Acte I scène 2

Dans quel autre lieu d'Assoucy pourrait-il bien attendre son copain Lignières sinon dans un cabaret ? L'empereur du burlesque a autant rêvé sa vie qu'il l'a vécut, enfin, quand il n'était pas au cachot pour grivèlerie, dettes de jeu ou propos outrageants...


Charles Coypeau       dit d'Assoucy     (1605-1677)

Charles Coypeau dit d'Assoucy (1605-1677)
A l'acte III, quand Cyrano rencontre Roxane sur une petite place, il est accompagn√© de deux musiciens. Qu'est-ce donc que ces deux virtuoses ? lui demande-t-elle. C'est un pari que j'ai gagn√© sur d'Assoucy. C'est tout √† fait plausible car Charles Coypeau, dit d'Assoucy, qui se d√©finissait lui m√™me comme L'empereur du Burlesque avait en effet pour coutume d'√™tre toujours accompagn√© de deux pages de musiques charg√©s de pr√™ter la fra√ģcheur de leur voix aux airs que leur ma√ģtre composait.



En cette ann√©e 1640, on peut donc estimer que Savinien est bien ami avec d'Assoucy ? amis tr√®s intimes parait-il, mais... cela ne nous regarde pas... Il n'en est pas moins vrai qu'en 1653, c'est la grosse f√Ęcherie entre les deux po√®tes libertins. D'Assoucy raconte une anecdote qui pourrait √™tre √† l'origine de la dispute : les deux anciens amis se seraient brouill√©s au sujet d'un chapon qu'ils voulaient manger l'un et l'autre, et dont l'app√©tit de Savinien l'aurait priv√©... Que cette raison soit la bonne, ou simplement la goutte qui fait d√©border le pichet de la concurrence entre deux √©crivains pauvres, voil√† Savinien qui √©crit √† un certain Soucidas, nom dans lequel il est facile de reconna√ģtre l'anagramme de d'Assoussy : Eh ! par la mort, Monsieur le Coquin, je trouve que vous √™tes bien impudent de demeurer en vie, apr√®s m'avoir offens√© ! Vous qui ne tenez de rien au monde ou qui n'√™tes au plus qu'un clou aux fesses de la nature ; vous qui tomberez si bas, si je cesse de vous soutenir, qu'une puce, en l√©chant la terre, ne vous distinguera pas du pav√©.(...) Je suis inexorable, je veux que vous mourriez tout pr√©sentement ; puis, selon que ma belle humeur me rendra mis√©ricordieux, je vous ressusciterai pour lire ma Lettre.... Le tout est du m√™me acabit chaleureux !



D'Assoucy ne se laisse pas faire. Il réplique dans un récit destiné à ridiculiser Savinien et qu'il intitule :

Combat de Cyrano de Bergerac

avec le singe de Brioché

au bout du Pont-Neuf




Il commence par dresser le portrait de Savinien :

Cyrano n'√©tait ni de la nature des Lapons, ni de celle des g√©ants. Sa t√™te paraissait presque veuve de cheveux ; on les eut compt√©s √† dix pas. Des yeux se perdaient sous ses sourcils ; son nez, large par sa tige et recourb√©, repr√©sentait celui de ces babillards jaunes et vertes (perroquets) qu'on rapporte de l'Am√©rique. Ses jambes, brouill√©es avec sa chair, figuraient des fuseaux. Son √©sophage pagotait un peu. Son estomac √©tait une copie de la bedaine √©sopique. Il n'est pas vrai que notre auteur f√Ľt malpropre ; mais il est vrai que ses souliers aimaient fort madame la boue ; il ne se quittaient presque point.



Poursuivant son récit, d'Assoucy raconte comment, croisant la troupe de bateleurs de Brioché sur le Pont-Neuf, laquelle comptait parmi ses membres un singe, Savinien se voit contraint de tirer son épée :

A l'aspect de la figure de Bergerac, la troupe la troupe √† couleurs, la foule des laquais qui composait le public de Brioch√©, √©clata de rire sardoniquement ; un de la bande fit faire le moulinet au feutre de l'auteur ; un autre gaillard, en lui appuyant une chiquenaude au beau milieu de la face, s'√©cria : ¬ę Est-ce l√† votre nez de tous les jours ? Quel diable de nez ! Prenez donc la peine de reculer, il m'emp√™che de voir ! ¬Ľ Notre nasard√© mit flamberge au vent contre vingt ou trente agresseurs...

Le singe de Brioch√©, farci d'une ardeur gu√©nonique, lorgnant notre guerrier le fer √† la main, se pr√©senta pour lui allonger une botte de quatre. Bergerac, dans l'agitation o√Ļ il se trouvait, crut que le singe √©tait un laquais et l'embrocha tout vif ¬Ľ.




Il y eut procès, Brioché n'ayant pas du tout apprécié de se voir privé d'une de ses meilleures attractions.



Edmond Rostand ne fait aucune allusion à cet épisode de la vie de Savinien. Il est vrai que le combat de la Porte de Nesles est plus glorieux pour l'image de Cyrano !





Et voici la version romanesque, imaginée par Ch. Quinel et A. de Montgon.



Nous nous trouvons, un vendredi dans l'apr√®s-midi, au rez-de-chauss√©e de l'h√ītel d'Orl√©ans-Longueville, tout pr√®s du vieux Louvre, o√Ļ Mlle de Longueville tient bureau d'esprit. Monsieur d'Assoucy est pr√©sentement en train de lire √† la compagnie un morceau de sa fa√ßon o√Ļ il met proprement en pi√®ces M. de Cyrano :

¬ę Est-il n√©cessaire, lisait-il, de faire une description du sire de Bergerac ? Vous l'aurez tous reconnu ; son oesophage pagote un peu, son estomac pointu annonce son approche, ses yeux se perdent sous ces sourcils, son nez... mais saurait-on d√©crire so nez ? Large par sa tige et recourb√© du bout, il repr√©sente celui de ces babillard jaunes et verts qu'on apporte de l'Am√©rique. ¬Ľ

- ¬ę Est-il besoin de d√©crire l'esprit du sieur Dassoucy ? criait une voix en laquelle tout le monde reconnut Cyrano. D'abord, comment d√©crire ce qui n'est pas, d√©finir le vide, comment peindre le vent ? Que je sois l'homme le plus laid des royaumes de France et de Navarre, j'en veux bien convenir, mais que vous e soyez le plus sot, c'est ce que tout le monde reconna√ģtra et vous-m√™me le premier. L'offense que j'ai ressentie a √©t√© une offense publique, publique √©galement doit donc √™tre la r√©paration. Je veux bien faire gr√Ęce √† Dassoucy de la vie, s'il accepte, ici m√™me, de me rendre raison sur le terrain des lettres. ce sera un combat d'une esp√®ce nouvelle et qui, jusqu'√† ce jour, n'a jamais √©t√© tent√©. Devant les juges qu'il d√©signera lui-m√™me, je veux qu'il lise un chapitre √† son gr√©, de sa composition ou improvis√© par lui ; la lecture ou le discours ne devra pas exc√©der der une de mi-heure. Je ferai ensuite de m√™me. Celui des deux qui aura le premier endormi le jury sera proclam√© l'homme le plus b√™te de France ¬Ľ.

Faut-il préciser que bien vite, au discours de Dassoucy, et bien qu'ils fussent ses amis, les trois jugent s'endormirent profondément, mas qu'ils restèrent bien éveillés et bien conscients pendant toute la déclamation de Cyrano qui pu conclure, après que sa victoire eut été constatée :

¬ę Le sieur Dassoucy est le plus m√©chant po√®te du royaume et l'homme le plus b√™te qui se trouve √† Paris et dans nos provinces ¬Ľ.

Un éclat de rire général lui répondit et l'on chercha des yeux Dassoucy, mais celui-ci avait disparu.





D'Assoucy se f√Ęche aussi avec Moli√®re

La musique de d'Assoucy fut souvent appréciée et, désirant écrire une musique de scène pour Molière avec lequel il eut une querelle - mais avec qui n'en eut-il pas ? et qui semble réticent, il lui écrit : Puisque vous ayant offert, et vous offrant encore par cette Lettre, de faire votre musique purement pour mon plaisir (...) vous ne sauriez me manquer de parole, sans faire éclater à la vue de tout le monde une aversion d'autant plus injuste que ceux qui lisent mes ouvrages savent très bien que vous n'avez pas de plus grand estimateur, ni de meilleur ami que moi...



Mais Molière restera sourd à la supplique, et c'est à Charpentier qu'il confiera l'écriture de la musique du Malade imaginaire, une sorte de préfiguration des opérettes ou des comédies musicales.



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Publié le 21 / 03 / 2005.


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